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UNION SAINT-GILLOISE
UNION SAINT-GILLOISE

On l’avait quittée fin avril, sur une défaite 1-0 sur le terrain de Roulers. Deux semaines plus tôt l’Union SaintGilloise avait enfin entériné son maintien en D1B après une saison laborieuse en s’imposant par le plus petit écart au stade Leburton de l’AFC Tubize (0-1), son concurrent direct. Trois mois plus tard, l’Union est méconnaissable. L’une des vieilles dames du championnat de Belgique – le club a fêté ses 120 ans en 2017 – s’est offert un lifting. Une cure de jouvence à l’accent britannique qui a désarçonné bon nombre de ses fidèles.
TONY BLOOM, LE COUP DE POKER C’était dans l’air depuis un bon moment, l’officialisation du rachat du club saint-gillois est finalement tombée le lundi de Pentecôte : « La Royale Union Saint-Gilloise a le plaisir d’annoncer la venue de l’investisseur anglais Tony Bloom, et de l’acquisition par celui-ci de la majorité des parts de son actionnariat. (…) En tant que propriétaire et Président du club anglais de Brighton & Hove Albion FC, évoluant en Premier League, Tony Bloom ne sera pas impliqué personnellement dans le management de l’Union Saint-Gilloise et n’occupera pas de poste de directeur dans notre Club. L’Union disposera de sa structure de management indépendante. » Après avoir battu pavillon allemand pendant quelques années en étant propriété du businessman Jürgen Baatzsch, les SaintGillois passent désormais sous commandement anglais via leur nouvel actionnaire majoritaire so british. Né à Brighton dans le Sussex, Tony Bloom (48 ans) a notamment fait fortune…en jouant au poker. Brillant joueur, il a réalisé ses premiers gros gains en 2004, à Melbourne, en remportant la coquette somme de 320.000 dollars US. Surnommé The Lizard aux tables de casino, il a fondé une société (Starlizard), active dans la consultance dans le monde des paris sportifs. Si le montant du rachat du club bruxellois
n’a pas été communiqué, une chose est certaine : Bloom a les moyens. Depuis le rachat de Brighton & Hove Albion en 2009, The Lizarda investi près de 300 millions d’euros dans son joujou.
BRIGHTON DANS LE SANG Un montant conséquent mais peu étonnant puisque Bloom a les Seagulls, le surnom du club de Brighton, dans le sang : son oncle Raya été directeur du club tandis que son grand-père Harryen a été le vice-président dans les années 70. Un président-supporter prêt à ouvrir largement son portefeuille mais un président qui réussit avant tout. S’il a d’abord investi dans la construction du Falmer Stadium (30.000 places, inauguré en juillet 2011), Bloom a également permis de mettre en place une équipe compétitive. La nomination de l’ancien joueur de Chelsea, Gustavo Poyet, à la tête des Seagullsa mené le club au titre de champion de League One en 2011. Si ça a semblé plus compliqué un étage plus haut, Brighton a finalement décroché son ticket pour la Premier League en 2017, en terminant deuxième de Championship. Un exploit pour le club de la cité portuaire qui n’avait jamais atteint un tel niveau et qui avait échoué en play-offs à trois reprises au cours des cinq années précédentes. La saison écoulée, les hommes du manager Chris Hughtonont d’ailleurs assuré leur maintien assez aisément, terminant à la 15e place avec sept longueurs d’avance sur Swansea, le premier relégable. Une équipe, renforcée à coup de millions de livres, qui comportait d’ailleurs quelques têtes connues en Belgique puisqu’on y retrouvait les anciens Brugeois Mathew Ryan et José Izquierdo, ainsi que l’ex-Standardman Anthony Knockaert. Si la success story de Brighton & Hove Albion a de quoi faire rêver du côté de SaintGilles, le rachat du club a également attisé les inquiétudes de certains supporters, soucieux du maintien du caractère bruxellois, ou du moins belge, du matricule 10. Et ces derniers n’ont sans doute pas été rassurés par les péripéties des semaines écoulées.

L’UNION 2.0

Un stade remis à neuf, un nouveau propriétaire, un nouvel organigramme, un nouveau coach, un nouveau noyau et même un nouveau centre d’entraînement : tout a changé à l’Union en l’espace de quelques mois.

Au moment de la vente, facilitée par les agents Jacques Lichtensteinet Peter Verplanckequi se cachaient déjà derrière l’arrivée de Marc Couckeà Anderlecht, Jürgen Baatzsch possédait un peu plus de 70 % des parts du club unioniste tandis qu’Auguste Weemaels en détenait un peu plus de 20 %. Les deux hommes s’en sont séparés et Bloom compte désormais environ 95 % des parts de l’Union. Les 5 % restants étant aux mains de la commune de Saint-Gilles (4%) et de 234 actionnaires ultra-minoritaires (un peu moins d’1%). Arrivé en tant qu’investisseur en 2013, l’Allemand ne semble pourtant pas, dans un premier temps, disparaître de la structure saintgilloise. Quelques jours après l’officialisation du rachat, il convie la presse à une table ronde et explique que Tony Bloom ne sera que rarement présent physiquement en Belgique et qu’il conserve donc le costume de président, afin de faire tourner la boutique jaune et bleue. Rarement avare de paroles, Baatzsch multiplie ce jour-là les déclarations : « J’ai pris beaucoup de risques au niveau financier. J’ai passé des nuits sans en dormir. Je ne voulais
pas perdre tout mon argent comme l’Égyptien Maged Samyau Lierse. Il fallait que le repreneur soit digne du club car l’Union appartient au patrimoine de la Belgique et de Bruxelles. (…) Monsieur Bloom souhaitait acheter un club à l’étranger et a été séduit par la Belgique, 3eau ranking Fifa. Et puis, Bruxelles est un point central en Europe. Sans oublier que l’Union est un club historique en Belgique. (…) Le but la saison prochaine est de terminer au moins dans le top 4. Et d’ici trois ans, l’objectif c’est de monter en D1A. (…) Nous allons au moins doubler le budget du club en fonction du prix des
joueurs ciblés. (…) Nous allons recruter entre 20 et 25 joueurs. Des joueurs d’un très bon niveau pour un noyau que nous espérons avoir construit d’ici deux semaines. »
UN ORGANIGRAMME NEW LOOK Cette dernière déclaration ne passe évidemment pas inaperçue et sème même la panique dans les rangs des supporters. De quoi provoquer un rétropédalage de Baatzsch quelques jours plus tard : « Il n’y a pas de chiffre précis d’arrivées. Le recrutement se fera surtout en symbiose entre le directeur sportif et le nouvel entraîneur. » Car les choses s’accélèrent fin mai pour les pensionnaires du Parc Duden : un nouveau directeur sportif est ainsi annoncé. Il s’agit d’Alex Hayes, un Franco-Anglais de 44 ans. Si son nom n’évoque rien de prime abord, l’homme dispose déjà d’une solide expérience dans le monde du foot. Journaliste de formation, il a travaillé pour plusieurs médias sportifs tant en Angleterre (Independent on Sunday, Daily Telegraph) qu’en France (TPS Sport, RTL, L’Équipe) et a notamment écrit l’autobiographie de Claude Makélélé(Claude Makélélé, tout simplement).

Après une expérience comme agent de joueurs, notamment de Robert Pirèsou de Jérémie Aliadière, il est devenu dirigeant en occupant le poste de vice-président du FC Lorient. Le lendemain, c’est au tour du nouveau coach d’être dévoilé. Si Baatzsch avait parlé d’un « grand nom » et que Yannick Ferreraou Franky Vercauterenont été cités, c’est finalement Luka Elsner, un Slovène de 35 ans qui est annoncé. Modeste joueur, il a été formé à l’OGC Nice avant d’évoluer à l’US Cagnes, à Domzale, en Slovénie, à l’Austria Kärnten, en Autriche et à Al-Muharraq, à Bahreïn. Coach depuis cinq saisons déjà malgré son jeune âge, son CV mentionne des passages dans son pays d’origine (Domzale et l’Olimpia Ljubljana) ainsi qu’à Chypre où il a terminé 10e la saison dernière avec le Pafos FC.
PAS QUESTION D’UN CLUB COUVEUSE S’ils se sont d’abord fait discrets, les deux hommes sont finalement sortis du silence de concert, à la mi-juin, trois semaines après leur arrivée. Après avoir insisté sur le nombre de transferts revu à la baisse, Alex Hayes a tenu à préciser que l’Union n’avait pas vocation à devenir un club-satellite de Brighton : « On n’est pas là pour faire du business. L’Union ne va pas devenir un ‘club couveuse’. Il ne faut pas s’attendre à voir débarquer six ou sept joueurs de Brighton. Ce sont deux projets bien distincts ». Admirateur de la période Thomas Tuchel au Borussia Dortmund ou de la Fiorentina de Paulo Sousa, Elsner a, lui, insisté sur sa philosophie de jeu : « Je veux créer une identité de jeu propre à l’Union. Je veux pratiquer un football avec un rythme soutenu, des transitions rapides vers l’avant, l’envie de presser, une recherche constante de duels et que nous mettions de l’intensité dans notre jeu. Je veux proposer un football qui avance et qui nous permet de dominer nos adversaires et donc que les joueurs prennent des risques. Mais il sera important également de pouvoir garder le zéro derrière. Il ne faut pas oublier que j’étais défenseur durant ma carrière de joueur. » Si les jours suivants étaient marquées par les péripéties habituelles d’une préparation jalonnée de quelques arrivées et de quelques départs (voir page 170), le 22 juin, un communiqué officiel du club annonçait le départ de Jürgen Baatzsch.

 

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