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Un duel de businessmen
Un duel de businessmen

Ce samedi soir, Saint-Trond accueillera l’Union Saint-Gilloise pour tenter de s’isoler en tête de la poule A des Playoffs 2. L’occasion aussi pour le propriétaire trudonnaire Roland Duchâtelet de recevoir Jurgen Baatzsch, son homologue à l’Union. Deux businessmen avant d’être deux propriétaires de club et que le foot a rapprochés.

Avant le « choc » du groupe A des Playoffs 2 entre Saint-Trond et l’Union, nous avons réuni les deux présidents, Roland Duchâtelet et Jurgen Baatzsch. Deux hommes d’affaires qui se ressemblent et s’apprécient  

Playoffs 2 (groupe a) – Saint-Trond – Union SG (Samedi, 20h) 

Le football réserve parfois de belles rencontres. Ce n’est pas Jurgen Baatzsch qui dira le contraire. Le président de l’Union Saint-Gilloise a fait la connaissance de Roland Duchâtelet il y a maintenant plus de trois ans. Depuis, les deux hommes s’entendent occasionnellement. Il faut dire que les présidents sont avant tout deux businessmen.

« Dans le milieu du foot, on a tendance à travailler avec des gens qui viennent du monde des affaires», glisse Roland Duchâtelet.

« J’ai parfois besoin de conseils et Roland est là pour m’aider. Je ne connais pas toujours le business du foot », embraye Jurgen Baatzsch.

C’est d’ailleurs par hasard que les deux hommes d’affaires ont commencé à investir dans le foot.

« C’était un accident », confirme Duchâtelet. « J’étais sponsor de l’équipe et un jour, on m’a demandé de reprendre le club parce qu’il n’y avait plus beaucoup d’argent. Je ne

. » voulais pas forcément… J’avais déjà beaucoup d’activités et j’avais posé plein de conditions qui me paraissaient inacceptables, mais le lendemain, on m’a dit OK

Étrangement, si cela avait commencé un peu par hasard, l’homme fort de Saint-Trond a ensuite vu l’opportunité que pouvait représenter un club comme le Standard avant d’officialiser le rachat du club liégeois.

« Cela me dérangeait de voir la façon dont la Pro League était dirigée. En 2011, le Standard était à vendre et j’ai vu l’opportunité d’avoir une influence plus importante à la Pro League. »

Si Roland Duchâtelet reste particulièrement actif, le foot a pris une place telle dans la société civile qu’il ne pouvait l’ignorer.

« Le foot a remplacé dans une large mesure l’église en Belgique. Les gens profitaient de l’église pour se voir, surtout après la messe. Cela a diminué, tout comme la fréquentation des marchés. Les gens n’ont donc

» plus l’occasion de se voir et de discuter. Le foot offre la possibilité de retrouver ses amis dans un lieu neutre, où on peut aller et venir quand on veut. Le stade ici, à Saint-Trond, est exemplaire pour ça. Les gens ont vu ça comme un lieu de rencontre. Et qu’on gagne ou qu’on perde, c’est la fête.

Le parallèle est assez troublant avec les premiers pas de Jurgen Baatzsch dans le milieu du foot. En l’occurrence à l’Union. « Je suis venu assister à un match, j’ai vu l’état du stade et la qualité sportive. C’était une catastrophe. J’ai alors fait un don sans arrière-pensée et puis on m’a demandé d’être administrateur. J’ai accepté. Et là, j’ai constaté la catastrophe interne. Il fallait vraiment nettoyer et je me suis impliqué de plus en plus en rachetant les parts des anciens présidents. J’ai constaté que le club était surendetté. J’ai négocié avec l’actionnaire principal pour que deux tiers des dettes soient effacées, j’ai remis de l’argent et j’ai repris le club. »

Une situation que Jurgen Baatzsch n’aurait jamais imaginée. « Je n’avais pas le temps, ni l’envie », pointe-t-il en toute franchise. « J’ai nommé des gens mais je me suis aperçu que plein de joueurs étaient surpayés et pas assez forts. C’était une catastrophe par rapport à l’argent investi. J’ai alors appelé Guy Brison(NDLR : actuel vice-président et qui a justement mis les deux hommes en contact). »

Depuis, le club a progressé, ce qui n’empêche pas Jurgen Baatzsch d’apprendre tous les jours.

« Le foot, ce n’est pas un univers facile. Il y a plein de pièges, de faux investisseurs, d’agents, d’arnaqueurs. Il faut sans cesse faire attention. »

Certainement pas de quoi lui faire regretter son investissement, lui qui s’épanouit à la tête de l’Union. « Ici, je m’amuse. Chaque obstacle est un challenge pour moi. J’aime sauter là où les autres restent bloqués. »

Un constat moins tranché pour Roland Duchâtelet. « Si c’était à refaire, je ne le referais pas

», précise-t-il. « Au début, je ne consacrais pas beaucoup de temps au football. Quand je suis arrivé au Standard, j’ai commencé à m’investir davantage. Je considère que c’est assez compliqué et qu’il y a trop d’imprévus. Cela va jusqu’aux problèmes qui peuvent surgir avec les supporters. Je dois me fier à des personnes qui travaillent pour moi et c’est très difficile. Je ne peux pas me permettre de m’en occuper à 100 %. »

La question de savoir si ces investissements ont été faits avec un but précis, pour développer le business de ces hommes d’affaires, a souvent été lancée. Pour Jurgen Baatzsch, actif dans la Hi-fi et les LED, avec des sociétés en Espagne et en Allemagne, c’est moins évident, alors que l’Union n’a pas (encore ?) retrouvé son aura d’antan.

« C’est ce qu’on a dit quand j’étais au Standard mais c’est ridicule », intervient pour sa part Roland Duchâtelet. « Plein de gens ont dit des conneries alors qu’ils ne

(NDLR : certains avaient affirmé qu’il avait racheté le Standard pour s’enrichir). » savent rien et ne me connaissent pas. C’est scandaleux les propos que les soi-disant spécialistes ont d’ailleurs pu inventer à La Tribune me concernant

La Ligue Pro

« Un problème »

Alors que Jurgen Baatzsch est un vrai compétiteur, le président de l’Union ne compte pas se laisser ralentir dans son enthousiasme par les exigences de la Ligue Pro. « Ce ne sont pas les sièges en plus qu’il faut exiger (NDLR : 8000 places dont 5000 assises pour les clubs pros) mais bien les gens qui viennent au stade » sourit-il. « Je trouve qu’il y a un protectionnisme à la Pro League. Ils ne veulent pas que d’autres clubs montent. L’obstacle le plus facile est de rehausser les exigences en termes d’infrastructures. C’est là que les clubs perdent de l’argent. C’est un défi de plus pour moi et je m’adapte mais d’un point de vue objectif, ce n’est pas une bonne chose… » Pour Roland Duchâtelet, c’est dans la gestion même de la Ligue Pro que les choses doivent changer. « Deux clubs, Mouscron et Charleroi, sont gérés par des agents. On voit les conséquences que cela a pu avoir. Les décideurs font comme si de rien n’était. Ce n’est pas normal. Il y a des conflits d’intérêts évidents. Les grands clubs se sont mis ensemble à un moment donné pour reprendre le contrôle alors qu’il y avait auparavant une excellente direction indépendante en place. Il y a eu une prise de pouvoir par certains clubs qui ont acheté, d’une façon ou d’une autre, l’adhérence des autres clubs… »

L’Union veut asseoir sa place dans le monde pro, Saint-Trond entend gravir un échelon

« Il est temps que Saint-Trond soit à nouveau en PO1 »

Avec la réforme des championnats, le nombre de clubs professionnels s’est réduit. L’enjeu, tant pour Saint-Trond que pour l’Union Saint-Gilloise, c’est non seulement de s’y maintenir mais aussi de continuer leur développement respectif. « La première fois que les playoffs avaient été organisés, Saint-Trond avait participé aux Playoffs 1, finissant 4e de la compétition. Il est temps de reproduire ce type de performance et nous devons avoir cette ambition. C’est notre objectif », précise Roland Duchâ- telet. La situation est évidemment très différente pour l’Union qui fait office de nouveau venu dans la cour des grands. « Le club est de retour après de longues années d’absence », intervient pour sa part Jurgen Baatzsch. « Il faut assurer la stabilité sportive et améliorer les recettes, les infrastructures, le marketing et la communication. Nous voulons aussi établir un partenariat avec Francfort. Je suis en contact aussi avec d’autres clubs comme Schalke ou Lyon. J’ai de la patience et le club a ses propres ambitions. Ce serait trop tôt pour monter en D1A dès maintenant. Je veux d’abord autonomiser l’Union pour ne plus perdre d’argent mais en gagner. On veut donc s’ancrer d’abord durablement dans le foot pro avant de monter. Si on y parvient sportivement plus tôt, ce n’est pas grave. Si cela se produit, on trouvera d’autres investisseurs. » « LEKO A BIEN TRAVAILLÉ » À travers les playoffs, l’Union veut donc naturellement profiter de ces matches de compé- tition sans enjeu pour affiner son équipe en vue de la saison prochaine et tirer les leçons du haut niveau. À Saint-Trond aussi, on pense à la saison prochaine. « Ce sera l’occasion de donner plus d’expérience à certains. Notre coach Ivan Leko a bien travaillé. Il faut de la stabilité et de la continuité. Nous avions quasiment une nouvelle équipe et c’est logique qu’on n’ait pas trouvé directement la bonne façon de jouer. » Des deux côtés, l’ambition sera naturellement plus élevée d’ici l’année prochaine.

Une stabilité qui passe par la vente de joueurs

Comment survivre ? « Avec les transferts »

Que ce soit à l’Union SaintGilloise ou à Saint-Trond, les défis sont omniprésents pour des clubs qui n’ont ni la notoriété des ténors ni leurs moyens financiers. Pour se stabiliser et prospé- rer, il faut donc se montrer proactif et inventif. « Les clubs belges vivent essentiellement des transferts. Si on n’en fait pas, c’est très difficile. Au Standard, il me fallait aussi compenser le dé- ficit d’exploitation, très conséquent, par la vente de joueurs. Et ça marche », explique Roland Duchâtelet. « Mais tout cela est plus compliqué qu’on ne le pense. Forcément, quand on s’appelle le Standard, on attire plus facilement des joueurs et on peut les vendre un peu plus cher parce qu’ils sont justement passés par le Standard. On joue alors sur l’image du club. Le faire avec SaintTrond est par exemple beaucoup plus difficile… » « DANS LE VERT AVEC LA VENTE DE RAJSEL » « C’est possible de stabiliser un club », enchaîne Jurgen Baatzsch. « Je suis d’ailleurs en train de le faire à l’Union. Si je vends Nicolas Rajsel, l’Union sera dans le vert cette saison. Les ventes restent des bénéfices exceptionnels qui ne sont pas pris en compte dans le budget. Malheureusement, nous n’avons pas la possibilité d’avoir un stade exceptionnel comme ici à Saint-Trond avec un hôtel, un restaurant, etc. Mais cela reste de toute façon très important d’avoir une stabilité financière. C’est bon pour l’image et donc bon pour les sponsors. À l’Union, on a doublé le sponsoring depuis mon arrivée et on souhaite encore le doubler. Et avec des jeunes, on peut faire progresser le club », poursuit le pré- sident unioniste qui ne cache pas son souhait de fonder petit à petit une académie à l’Union. « C’est une décision importante pour un club de se dire qu’on va entrer en compétition pour attirer les meilleurs jeunes », intervient Roland Duchâtelet. « Ils sont généralement courtisés dès 12-13 ans et ça les déstabilise ainsi que leurs parents. C’est une situation malsaine. Quand j’étais au Standard, j’ai essayé d’instaurer une paix entre les clubs mais c’était peine perdue. Les autres voulaient continuer la guéguerre et payer des Mercedes à papa et maman. » Fort de ses expériences au sein des différents clubs qu’il possède (Saint-Trond, Charlton, Alcorcon, Carl Zeiss Jena), l’ancien pré- sident du Standard sait pertinemment bien que l’aspect convivialité est fondamental au sein d’un club. « L’autre difficulté, c’est de ne pas perdre d’argent. C’est donc lié au succès sportif. Et c’est plus compliqué à gé- rer… » Dans les deux cas, tant Jurgen Baatzsch que Roland Duchâtelet ont encore des ambitions pour développer leur club respectif. Le tout avec ambition bien sûr (voir ci-contre).

Moderne à Saint-Trond, vétuste à l’Union

Deux stades très… différents

Le contraste est saisissant entre Saint-Trond qui jouit d’une enceinte moderne et qui est notamment dotée d’un hôtel et d’un restaurant, et l’Union qui dispose certes d’un monument classé mais surtout d’un stade vieillissant qu’il faut remettre de toute urgence au goût du jour… « Nous jouerons encore la saison prochaine au stade Roi Baudouin, le temps de finir les travaux au Parc Duden », explique Jurgen Baatzsch. « Les plans ont été approuvés et nécessitent 4,3 millions d’euros d’investissement de la commune », poursuit-il. Une épine dans le pied des SaintGillois pour Roland Duchâtelet. « Il y aura trop d’ennuis avec les voisins pour moderniser le stade. Ce sera impossible de se doter d’un stade convenable à cet endroit », expose-til. « Pour développer un club, il faut un stade adapté », ajoute Duchâtelet qui se demande aussi le rôle à jouer des pouvoirs publics. « Est-ce leur tâche de financer des stades de foot ? Ici, à SaintTrond, tout est payé sans le moindre euro de subside. Quand je pense au dossier du stade national, c’est horsnorme. La participation du contribuable aurait été au minimum de 200 millions d’euros alors qu’actuellement, la Fédération a une dérogation pour jouer au stade Roi Baudouin. Pourquoi ne pas la prolonger alors que le problème réside soi-disant dans l’espace entre les sièges ? Avec le Standard, lorsque nous sommes allés jouer au Panathinaikos en Coupe d’Europe, nous étions engouffrés dans une espèce de caverne à 200 personnes et là c’était autorisé… Heureusement qu’Anderlecht a dit que ça n’allait pas et qu’ils se sont retirés. Des gens se sont foutus de la tête de la population. » –

 

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